Critique L'Ombre de Goya par Jean-Claude Carrière

 

Critique L'Ombre de Goya

L'OMBRE DE GOYA 

Par Jean-Claude Carrière

Synopsis :

Amoureux des arts et fin connaisseur de Goya, Jean-Claude Carrière nous guide dans son œuvre incomparable. Pour en percer le mystère, il accomplit un dernier voyage en Espagne qui le ramène sur les traces du peintre. Des liens se tissent avec des artistes issus du monde du cinéma, de la littérature et de la musique montrant à quel point l’œuvre de Goya est influente.

 Critique L'Ombre de Goya

José Luis Lopez-Linares, avec 25 ans de carrière comme réalisateur, nous propose L'ombre de Goya à compter du 21 septembre 2022.

Ce film a été fait en collaboration avec Jean-Claude Carrière, qui signe ici son ultime œuvre.

Ce documentaire est distribué par Epicentre Films en partenariat avec le Musée du Louvre et les Amis du Louvre.

Critique L'Ombre de Goya

Propos du réalisateur :

"Jean-Claude Carrière et Goya étaient tous deux amoureux de l'Espagne. Ils s'interrogeaient sur tout ce qui les entouraient et adoraient transmettre cette connaissance. Notre amour pour le vin nous a réunis Jean-Claude Carrière et moi. Il a participé à l'écriture du film puis je l'ai suivi avec ma caméra. Nous avons arpenté les lieux où Goya a vécu et peint. Jean-Claude partageait ses réflexions sur ce que ces espaces, ces œuvres et l'atmosphère qui régnait dans ces lieux lui inspiraient. Sa connaissance du sujet était encyclopédique et sa réflexion, vive. Ces mots, savamment choisis, étaient aussi beaux en français qu'en espagnol.

Le film se présente comme un voyage et agit comme une métaphore. Ce trajet est partagé par Carrière et Goya et d'une certaine manière, nous sommes embarqués nous-mêmes dans ce voyage.

Quand on fabriquait le film, j'espérais que ce ne serait pas le dernier tournage avec Jean-Claude Carrière. Il était en bonne forme mais peut-être avait-il l'intuition de sa disparition prochaine ? Notre démarche a consisté à essayer de creuser un trou dans Les peintures noires de Goya pour voir ce qui se cachait derrière.

J'avais conscience qu'il y avait beaucoup de correspondances entre Goya et Buñuel mais j'en ai découvert de nouvelles. Comme ce chien qui apparaît dans un tableau du peintre et que Carrière avait acheté. La narration s'est construite comme toujours au montage avec Cristina Otero. Nous avons commencé à monter et la structure du film a émergé plus tard. Bien entendu, la mort de Jean-Claude a bouleversé beaucoup de choses.

J'agis à la manière d'un archéologue sensible, un passeur qui propose des idées, des émotions cachées derrière chaque découverte. J'aime me dire que je fais des films aussi pour les morts, pour mes parents et mes amis, pour Chesterton et Miguel de Cervantès, pour mon arrière grand-père Alfredo qui a combattu et est mort à Cienfuegos, pour Goya bien sûr et pour Jean-Claude Carrière. J’espère que de là où il est, il aimera ce film. J'ai voulu que le spectateur ressente aussi fidèlement que possible ce que la surdité de Goya a changé dans sa vie et son art.

Les œuvres de Goya entretiennent un rapport intime avec le cinéma. Carlos Saura est originaire d'Aragon tout comme Goya et Buñuel qui s'est toujours intéressé à Goya. Chacun d'entre eux appartient en quelque sorte à cette tradition de conteurs d'histoires. Le film s'achève sur des photographies de Jean-Claude Carrière, ce qui était une manière de lui rendre hommage et de me remémorer les moments partagés avec lui pendant le tournage".

Critique L'Ombre de Goya

Goya vu par Jean-Claude Carrière

Ce qui me frappe d’abord chez Goya c’est sa solitude. Il est un peintre seul. Son vrai maître, Velázquez, avait vécu deux siècles plus tôt avec d’autres grands peintres : Murillo, Ribera, Zurbarán, El Greco bien sûr et surtout Velázquez ; et ses descendants qu’il ne connaîtra pas mais qui s’appelleront Manet et plus tard Picasso...

Il est là, entre deux époques, seul, au moment où la révolution Française bouleverse à jamais l’ordre des choses. Entre l’ancien monde et le nouveau, entre la servitude et la liberté. Au croisement des temps. Plus seul encore quand il aura perdu l’ouïe, quand il se contentera d’un spectacle dont il ne peut plus entendre le bruit, mais qu’il regarde comme personne d’autre. Il voit même l’avenir : il voit des hommes qui volent, d’autres qui se métamorphosent, il voit le noir qui se confond avec le blanc, il voit des formes fantomatiques que personne d’autre ne voit.

Seul, seul avec lui-même, avec ses secrets, obligé de trouver en lui les couleurs et le noir, comme tous les peintres. Mais aussi le bruit, voire le vacarme, et le silence. Le silence surtout, qui est la chose du monde la plus difficile à entendre. Et Goya est le maître du silence. Son regard devient si fort, et si aigu au fur et à mesure que sa vie avance, qu’il n’a plus besoin d’entendre. Même s’il en souffre, toutes les voix sont en lui et nous ne saurons jamais exactement ce qu’elles lui disaient... à voix basse... Mais sans doute, une de ces voix silencieuses lui murmurait inlassablement : “regarde, regarde et vois, n’ai pas peur de ce que tu vois hors de toi et en toi, regarde, vois, et montre. Ce qu’il y a dans le visage des personnages que tu peins, tant de grotesque dans le pouvoir couronné, tant de férocité dans l’affrontement inutile des guerres, tant de misère auprès de la splendeur... tant de faiblesse et tant de honte dans la fortune... et tout ce qui s’agite en toi, les sorcières, les spectres qui passent, tes démons, tes ombres indécises...tout ce qui te hante, tout ce que le silence te révèle à l’intérieur même de toi. Tu n’as personne pour te conseiller, pour t’aider, tu es seul, même la nuit, avec des bougies allumées sur ton chapeau.

Et tu travailles, même dans le noir, surtout dans le noir, en prenant de l’âge. Ton ami Zapater t’admire, et t’aide, mais il ne peut partager ni tes “Caprices”, ni tes “Disparates”. Seul, sourd, et sombre, livré à toi-même, et à ce que nous appelons aujourd’hui “tes fantasmes”, mais qui sont tes réalités. Obligé de fuir ta terre natale, pour continuer à vivre. Et finissant par une laitière bienfaisante, nourricière... qu’on croirait peinte par Renoir.
Et toujours à la recherche de ce que tes modèles tentaient de te cacher.
Goya, un homme seul dans son silence...
Par malheur pour lui, peut-être. Par bonheur pour nous 

Critique L'Ombre de Goya   

Cet excellent documentaire nous fait découvrir à quel point Jean-Claude Carrière admirait Goya. 

Le récit qui nous est offert nous mène d'une toile à une autre. Entre réflexion, et analyse, Jean-Claude Carrière nous emmène avec lui dans un drôle de voyage. De nombreux intervenants sont là pour parler du peintre ou décrire un tableau et ce qu'était Goya, ou encore mieux nous parler de souvenirs avec Jean-Claude Carrière car souvenirs et tournage réel se mélangent. 

Critique L'Ombre de Goya

Jean-Claude Carrière laisse une dernière trace de lui indélébile maintenant qu'il a disparu. Ce documentaire est hommage vibrant à Goya qu'il admirait.

Amoureux des arts et fin connaisseur de Goya, Jean-Claude Carrière nous guide dans son œuvre incomparable. Pour en percer le mystère, il accomplit un dernier voyage en Espagne qui le ramène sur les traces du peintre. Des liens se tissent avec des artistes issus du monde du cinéma, de la littérature et de la musique montrant à quel point l’œuvre de Goya est influente. Au-delà de sa portée immense, c’est un dialogue entre les vivants et les morts qui s’engage.

Ce film qui peut paraître quelque peu brouillon, telle une esquisse qui se dessine peu à peu, se livre et devient de plus en plus compréhensible jusqu'à découvrir à la fois un beau documentaire et une œuvre magistrale d'un peintre devenu sourd, meurtri ce qui se ressent au travers de ses tableaux, mais aussi l'homme qu'était Jean-Claude Carrière.


Critique L'Ombre de Goya
 
 L'OMBRE DE GOYA
Par Jean-Claude Carrière
Réalisé par José Luis Lopez-Linares
Avec :  Jean-Claude Carrière
Distribué par Epicentre Films
Genre : Documentaire
Origine : France, Espagne
Durée : 1 h 30
En salle le 21 septembre 2022

 
 Festivals :

Festival de Cannes – Cannes Classic (section “documentaires”) – Cannes 2022
FEMA – Festival La Rochelle Cinéma – La Rochelle 2022
Festival du Cinéma Européen – Gaillac 2022
CineHorizontes – Festival de Cinéma Espagnol de Marseille – Marseille 2022

 

 

Crédits photos et vidéo : Epicentre Films







 



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