Ayant toujours voulu éviter d’évoquer son passé et son déracinement,
poussé par son épouse, adorable grand-mère, Hideo accepte à contre-cœur
de raconter à Noboru son histoire et son installation en Amérique du
Sud. Au fur et à mesure que ce dernier plonge dans le récit de l’exil de
ses ancêtres, le jeune écolier se plaira à s’approprier cette culture
de l’autre bout du monde et découvrira même l’existence d’un oncle
inconnu…

Ma critique :
Ce long métrage est adapté d’après le roman “NIHONJIN” d'Oscar Nakasato. Intéressant pour les enfants, mais pour les adultes également, il montre comment, en étant immigrés, on peut bien vivre ou non l'intégration dans un nouveau pays.
Le jeune Noboru, ainsi que d'autres élèves de sa classe, doivent préparer un exposé concernant l'histoire de leur famille et de leurs ancêtres. Une de ses meilleures amies n'a aucun mal car son grand-père est très volubile, mais pour le garçon japonais ce n'est pas aisé car son grand-père n'est pas très bavard.
Sa mère l'accompagne chez son papy habitant depuis très longtemps désormais au Brésil, et grâce à sa grand-mère qui ne va pas s'en laisser compter, il va découvrir un passé qu'il ne soupçonnait pas. Une rencontre ne sera pas suffisante et il va retourner régulièrement chez ce grand-père un peu bourru mais qui à force de persévérance va se montrer plus loquace et lui faire découvrir des vérités qu'il était loin de connaître.
Avec ses camarades de classe ils vont continuer à se raconter leurs histoires et se montrer l'avancée de leurs travaux tout en continuant à s'amuser.
Ce film d'animation est très intéressant car il aborde différents sujets comme l'immigration et l'adaptation pas toujours aisée, les personnes qui vous exploitent. On se rend compte qu'avec de la volonté tout reste possible même si le déracinement est très difficile à apprivoiser.
Il prouve également qu'il faut savoir s'ouvrir sur les autres et transmettre son passé, surtout dans une famille sans qu'il n'y ait de non-dits.
Au niveau historique, on apprend que de nombreux Japonais sont arrivés par bateau dans les années 20 dans ce pays et qu'ils ont dû tout apprendre et tout construire. On y voit le racisme, les différences de culture, de traditions, etc...
On découvre également le fossé qui peut se creuser entre plusieurs générations pourtant issues d'un même peuple. Le grand-père s'habille toujours comme au Japon alors que Nobory est vêtu de manière plus moderne.
Même dans les coutumes, la manière de manger ils sont différents mais son papy va lui inculquer des valeurs méconnues et le jeune garçon va, lui aussi, le mener vers d'autres façons de penser et faire en sorte qu'il puisse se réconcilier avec son passé.
Au niveau de l'animation en 2D numérique, les couleurs sont vives et belles et on retrouve de nombreuses touches japonisantes. Les différentes musiques s'intègrent parfaitement à ce long métrage.
Une œuvre intéressante pour la portée qu'elle peut apporter auprès des jeunes et des moins jeunes et qui nous prouve que la transmission est indéniablement obligatoire pour connaître ses origines, qu'il ne faut pas renier et son passé.
Pour en savoir plus :
Note d'intention de la réalisatrice
" Je n’ai pas souhaité m’inspirer uniquement du style de l’animation japonaise qui est très identifiée – j’ai voulu trouver un mélange bien à moi entre le style japonais et le style sud-américain, afin de donner au film une identité visuelle originale. L’idée, c’était de mélanger des éléments réalistes et une touche de fantaisie, en intégrant des motifs du passé d’Hideo, comme le voyage en bateau, l’océan et les plantations de café, à la vie urbaine de Noboru à São Paulo dans les années 80. Ne voulant pas tomber dans les stéréotypes pour représenter la communauté immigrée japonaise, nous avons donc travaillé en étroite collaboration avec un consultant japonais qui a vérifié chaque détail, du scénario au storyboard, au caractère et au comportement des personnages et même pour la bande-son, en veillant à ce que les tonalités et instruments orientaux ne soient pas trop « clichés ». Ensuite, lorsque nous avons choisi la peinture d’Oscar Oiwa comme principale inspiration visuelle, nous avons dû traduire ce langage en animation, en veillant à ce que les arrière-plans expressifs et riches en coups de pinceau ne prennent pas le dessus sur les personnages, dont l’esthétique était plus délicate et subtile.
J’ai été élevée dans le melting pot brésilien, c’est cet univers de métissage qui m’a incitée à faire un film sur le phénomène de l’immigration. C’est pourquoi plusieurs copains de classe de Noboru ont différentes origines, l’un est même un descendant de l’esclavage. À une époque d’intolérance envers les immigrants, il est plus important que jamais d’examiner ces mouvements migratoires avec attention et empathie, et de les rendre accessibles aux familles et aux enfants. Le personnage du grand-père a toujours voulu rester un Japonais au fond de lui, mais son petit-fils est l’opposé, il veut s’affirmer en tant que Brésilien, ignorant jusqu’à la langue et la cuisine de ses ancêtres. Le film est basé sur ce conflit, sur cette différence et petit à petit, les deux personnages prennent conscience de la complexité à accepter la dualité de leur double culture : être japonais et vivre ailleurs. C’est l’enjeu du processus de l’immigration et c’est ce qui rend la culture brésilienne si riche à mes yeux. » - Celia Catunda

Les Nippo-Brésiliens…L’origine d’une migrationL’immigration japonaise au Brésil, en particulier dans la région de São Paulo, a débuté en 1908 avec l’accostage du navire Kasato Maru qui a transporté le premier groupe d’immigrants et ce mouvement a rapidement pris de l’ampleur au cours du 20e siècle.Entre 1908 et 1941, environ 250 000 Japonais ont immigré principalement pour travailler dans les plantations de café dans l’État de São Paulo. Ce mouvement s’est d’ailleurs intensifié après la signature d’un accord entre les deux pays. Bien que confrontés à des difficultés d’adaptation, notamment linguistiques et culturelles, ces migrants ont réussi à créer des communautés solides, préservant leur culture à travers des écoles, des associations ou des temples. On peut noter l’importance de ces communautés dans la modernisation de l’agriculture brésilienne et leur influence croissante dans d’autres secteurs économiques, comme le commerce et l’artisanat. Aujourd’hui, dans ce pays d’Amérique du sud, les descendants des Japonais, les Nikkeis, représentent entre 1,5 et 2 millions de personnes, et leur héritage est visible dans la culture et la cuisine brésilienne. La diaspora japonaise du Brésil est aujourd’hui la plus grande communauté nippone au monde en dehors du Japon. Son héritage culturel perdure à travers des événements tels que la fête de la culture japonaise à São Paulo, à savoir le Kobe Samba Festival qui se tient chaque année en mai.

MA NOTE : 3.6/5
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