Critique film Le pont réalisé par Walid Mattar

 film Le pont réalisé par Walid Mattar

 AU CINÉMA LE 27 MAI 2026
 
LE PONT
Réalisé par Walid Mattar
Scénario : Radwen Dridi, Leyla Bouzid, Walid Mattar
Avec : Mohamed Amine Hamzaoui, Sarra Hannachi, Seifeddine Omran
Distribué par Sudu Connexion 
Genre : Fiction 
Origine : Tunisie, France
Durée : 1 h 30
 
Synopsis
 
Foued, jeune metteur en scène, rend service à un ami d’enfance, Tita, pour filmer le tournage de son clip de hip-hop. Pendant une scène de tournage avec la jeune Safa, ils trouvent un paquet de cocaïne. Ils décident de la vendre en petites quantités dans une boîte de nuit branchée de Tunis. Tous les soirs, ils traversent le pont reliant les deux banlieues de Tunis. 
 
Mais les choses prennent une tournure inattendue. 
  film Le pont réalisé par Walid Mattar
 
Ma critique
 
Foued se veut réalisateur. Il est embauché par Tita, qui lui-même se croit rappeur. Foued a fait venir Safa, qui souhaite devenir une grande influenceuse, contre rémunération pour jouer dans le clip qu'ils doivent tourner.
 
Action, la caméra tourne d'abord sur un terrain vague, puis à bord d'une embarcation précaire, jusqu'à ce qu'ils butent sur quelque chose qui s'avère être de la cocaïne.
 
La question qu'ils se posent, faut-il vendre, la remettre à la police, la remettre à l'eau. Ils ne sont pas d'accord mais à force de discuter, ils s'entendent sur le fait qu'en la vendant petit à petit, ils peuvent gagner beaucoup d'argent. 
 
Tout ne pas être aussi simple qu'ils le pensaient même si au départ l'argent rentre facilement.... 
   
film Le pont réalisé par Walid Mattar 
Le réalisateur avec ce long métrage met en exergue les différences sociales. 
 
En effet, ces trois jeunes qui veulent réussir l'une comme influenceuse, l'un dans la réalisation, et l'autre dans la musique, vont voir qu'il n'est pas si évident que cela de se faire une place dans la société lorsque l'on n'a pas d'argent.
 
Avec la drogue qu'ils arrivent à vendre, ils vont avoir un autre train de vie, mais qui n'est pas Byzance tout de même et ils risquent à chaque moment de se faire prendre soit par la police, soit par les vigiles de la boîte de nuit où ils font leur trafic.
 
On s'aperçoit aussi que Safa va de l'avant et n'a peur de rien. Elle est chargée de trouver les acheteurs, de vendre et d'empocher l'argent, quant à Tita il conserve la drogue chez lui ce qui est donc risqué. Celui qui prend le moins de responsabilité c'est Foued, assez peureux mais par contre consommateur, il laisse le travail aux autres. 
 
Walid Mattar met aussi en avant, cette jeunesse qui n'est plus comme avant. Les filles s'habillent à l'européenne, sont plus délurées. Hommes comme femmes boivent de l'alcool et tentent de vivre de manière plus libérée. 
 
En effet, cette jeune génération ne souhaite pas forcément en Tunisie, comme pour les filles porter le voile.
 
De plus, le réalisateur aborde largement le fossé entre les riches et les moins riches et ce pont, que ces trois jeunes vont traverser tous les jours, nous montre les différentes classes sociales. D'un côté, les nantis, ceux qui ne se privent de rien, et de l'autre côté ceux qui tentent désespérément de vivre mieux.  
  
film Le pont réalisé par Walid Mattar 
La drogue est aussi largement abordée, car sous couvert, elle se répand également beaucoup en Tunisie et dans le cas présent à Tunis. 
 
Cette cocaïne tombée du ciel, ou plutôt venant des profondeurs, même si au départ c'est l'eldorado pour ces jeunes, sera ce qui va leur faire perdre pied, mais peut être leur faire prendre conscience que l'argent peut se gagner différemment. La manière facile et interdite n'est pas toujours la bonne. 
 
Cette allégorie que nous propose le réalisateur au travers de ce film nous prouve que rien n'est jamais acquis dans la vie et qu'il faut toujours se battre pour réussir, et qu'il ne devrait plus y avoir de différences entre les humains mais cette idée reste un euphémisme car le monde ne changera jamais. 
 
film Le pont réalisé par Walid Mattar

Pour en savoir plus

A propos du réalisateur  

Walid Mattar est un cinéaste tunisien. Très jeune, il a rejoint la Fédération Tunisienne des Cinéastes Amateurs. Son premier court-métrage, Le Cuirassé Abdelkarim, a été un succès national et international.

Son deuxième court-métrage, Sbeh el Khir, a été projeté au Festival de Cannes en 2006 (Section Cinéma du Monde). Par la suite, il a réalisé plusieurs courts-métrages, notamment Baba Noel (France) et Offrande (Tunisie). Son premier long-métrage, Vent du Nord, sorti en salle en Tunisie et en France, a remporté le Prix Tahar Cheriaa de la meilleure première œuvre, le Prix TV5 Monde et le Prix du meilleur scénario aux Journées Cinématographiques de Carthage 2017.

Le Pont est son deuxième long-métrage. 

film Le pont réalisé par Walid Mattar

Note d'intention

" La dernière décennie en Tunisie a été riche en bouleversements politiques, économiques et sociaux. C’est vers 2017 que j’ai commencé à constater l’effet de rupture qu’a eu la révolution de 2011 sur la génération post-dictature. La génération qui a actuellement 20 ans. Ces jeunes, qui bravent tous les interdits bien que vivant dans un quartier dépourvu de tout, m’ont donné envie de raconter en images les paradoxes dans lesquels ils sont plongés et de me servir du pont de Radès, reliant les banlieues nord et sud, l’une nantie avec une vie nocturne bien animée et l’autre pauvre complètement dépourvue de tout loisir. 

Tunis est l’incarnation des paradoxes. La révolution les a profondément accentués. Par l’image, je raconte ces jeunes, ces tabous qu’ils ont brisés, l’évolution des relations entre les deux sexes. Ce sont des jeunes qui veulent s’amuser avant tout, à tout prix. Mes personnages incarnent cette génération, traversée de désillusion malgré son humanité troublante et sa rage de vivre. 

Ces jeunes subissent des politiques désastreuses, seront confrontés à une corruption autrefois voilée et aujourd’hui étalée dans toute son obscénité. L’état reste policier et la justice semble en panne. L’autre phénomène “post-révolutionnaire” dont le film traite est cette banalisation de la consommation de la drogue. 

Dans le Tunis d’aujourd’hui, elle semble être partout. La justesse des personnages est un enjeu primordial pour nous. Il ne s’agit surtout pas de faire un film manichéen mais d’essayer d’être au plus juste en alliant réalisme et poésie. Foued est un artiste asphyxié par la misère. Tita aux airs de mauvais garçon est pragmatique et réaliste, il se montre d’une générosité résignée. Safa est tourmentée par un désir de liberté et par une ambition qui l’emprisonne. 

Il y a également la topographie, très spécifique des banlieues de Tunis, situées et part et d’autre du golfe de Tunis, et se faisant face. La banlieue nord, qui comprend une partie très privilégiée, nargue la banlieue sud, à l’autre extrémité du pont. Le film se sert de cette géographie particulière, la baie de Tunis illustrant l’écart qui se creuse.  

Le pont de Radès est à la fois trait d’union, frontière, lieu de passage et de rupture entre ces lieux et ces vies. Mon désir est de raconter à travers les paradoxes toute la complexité humaine et sociale qui en découle. 

Ce pont est une image clef du film, les allers retours symbolisent à chaque fois un véritable passage et cette particularité géographique et l’incarnation urbaine de ce pont et la part symbolique de l’image a un potentiel cinématographique très fort. 

Je suis convaincu que ce film a le potentiel d’une belle métaphore. Il dresse le portrait d’une société au sein de laquelle les clivages (sociaux) deviennent un enjeu majeur pour chacun. Dans notre monde actuel, le film peut avoir une réelle résonance universelle ". - Walid Mattar

film Le pont réalisé par Walid Mattar

Festivals et prix :  

Prix du jury jeunes - Festival du Film Arabe de Fameck 2025

Perle de Bronze - Festival International des Films de l'Enfance et de la Jeunesse de Sousse (FIFEJ) 2025

Prix d'interprétation masculine à Mohamed Amine Hamzaoui - Festival international du Film Arabe d’Oran 2025

Prix du jury et Prix d'interprétation féminine à Sara Hannachi - FICAK 2025

Mention spéciale du jury - Africlap (2024)

Meilleur film tunisien - JCC 2024

Cairo International Film Festival 2024

 film Le pont réalisé par Walid Mattar

 
 MA NOTE : 3.6/5


Crédits photos et vidéo : Sudu Connexion 

 

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