Critique film Le pont réalisé par Walid Mattar

Pour en savoir plus :
A propos du réalisateur
Walid Mattar est un cinéaste tunisien. Très jeune, il a rejoint la Fédération Tunisienne des Cinéastes Amateurs. Son premier court-métrage, Le Cuirassé Abdelkarim, a été un succès national et international.
Son deuxième court-métrage, Sbeh el Khir, a été projeté au Festival de Cannes en 2006 (Section Cinéma du Monde). Par la suite, il a réalisé plusieurs courts-métrages, notamment Baba Noel (France) et Offrande (Tunisie). Son premier long-métrage, Vent du Nord, sorti en salle en Tunisie et en France, a remporté le Prix Tahar Cheriaa de la meilleure première œuvre, le Prix TV5 Monde et le Prix du meilleur scénario aux Journées Cinématographiques de Carthage 2017.
Le Pont est son deuxième long-métrage.
Note d'intention
" La dernière décennie en Tunisie a été riche en bouleversements politiques, économiques et sociaux. C’est vers 2017 que j’ai commencé à constater l’effet de rupture qu’a eu la révolution de 2011 sur la génération post-dictature. La génération qui a actuellement 20 ans. Ces jeunes, qui bravent tous les interdits bien que vivant dans un quartier dépourvu de tout, m’ont donné envie de raconter en images les paradoxes dans lesquels ils sont plongés et de me servir du pont de Radès, reliant les banlieues nord et sud, l’une nantie avec une vie nocturne bien animée et l’autre pauvre complètement dépourvue de tout loisir.
Tunis est l’incarnation des paradoxes. La révolution les a profondément accentués. Par l’image, je raconte ces jeunes, ces tabous qu’ils ont brisés, l’évolution des relations entre les deux sexes. Ce sont des jeunes qui veulent s’amuser avant tout, à tout prix. Mes personnages incarnent cette génération, traversée de désillusion malgré son humanité troublante et sa rage de vivre.
Ces jeunes subissent des politiques désastreuses, seront confrontés à une corruption autrefois voilée et aujourd’hui étalée dans toute son obscénité. L’état reste policier et la justice semble en panne. L’autre phénomène “post-révolutionnaire” dont le film traite est cette banalisation de la consommation de la drogue.
Dans le Tunis d’aujourd’hui, elle semble être partout. La justesse des personnages est un enjeu primordial pour nous. Il ne s’agit surtout pas de faire un film manichéen mais d’essayer d’être au plus juste en alliant réalisme et poésie. Foued est un artiste asphyxié par la misère. Tita aux airs de mauvais garçon est pragmatique et réaliste, il se montre d’une générosité résignée. Safa est tourmentée par un désir de liberté et par une ambition qui l’emprisonne.
Il y a également la topographie, très spécifique des banlieues de Tunis, situées et part et d’autre du golfe de Tunis, et se faisant face. La banlieue nord, qui comprend une partie très privilégiée, nargue la banlieue sud, à l’autre extrémité du pont. Le film se sert de cette géographie particulière, la baie de Tunis illustrant l’écart qui se creuse.
Le pont de Radès est à la fois trait d’union, frontière, lieu de passage et de rupture entre ces lieux et ces vies. Mon désir est de raconter à travers les paradoxes toute la complexité humaine et sociale qui en découle.
Ce pont est une image clef du film, les allers retours symbolisent à chaque fois un véritable passage et cette particularité géographique et l’incarnation urbaine de ce pont et la part symbolique de l’image a un potentiel cinématographique très fort.
Je suis convaincu que ce film a le potentiel d’une belle métaphore. Il dresse le portrait d’une société au sein de laquelle les clivages (sociaux) deviennent un enjeu majeur pour chacun. Dans notre monde actuel, le film peut avoir une réelle résonance universelle ". - Walid Mattar
Festivals et prix :
Prix du jury jeunes - Festival du Film Arabe de Fameck 2025
Perle de Bronze - Festival International des Films de l'Enfance et de la Jeunesse de Sousse (FIFEJ) 2025
Prix d'interprétation masculine à Mohamed Amine Hamzaoui - Festival international du Film Arabe d’Oran 2025
Prix du jury et Prix d'interprétation féminine à Sara Hannachi - FICAK 2025
Mention spéciale du jury - Africlap (2024)
Meilleur film tunisien - JCC 2024
Cairo International Film Festival 2024
Crédits photos et vidéo : Sudu Connexion








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