Critique film Romeria réalisé par Carla Simón

 film Romeria réalisé par Carla Simón

  AU CINÉMA LE 8 AVRIL 2026
 
ROMERIA
Réalisé par Carla Simón 
Scénario : Carla Simón
Avec : Llúcia Garcia, Mitch, Tristan Ulloa, Alberto Gracia 
Distribué par Ad Vitam
Origine : Drame
Genre : Espagne, Allemagne
Durée : 1 h 52
 
Synopsis :
 
Afin d’obtenir un document d’état civil pour ses études supérieures, Marina, adoptée depuis l’enfance, doit renouer avec une partie de sa véritable famille. Guidée par le journal intime de sa mère qui ne l’a jamais quittée, elle se rend sur la côte atlantique et rencontre tout un pan de sa famille paternelle qu’elle ne connaît pas. L’arrivée de Marina va faire ressurgir le passé. En ravivant le souvenir de ses parents, elle va découvrir les secrets de cette famille, les non-dits et les hontes… 
 
film Romeria réalisé par Carla Simón
 
Ma critique
 
Largement inspirée de son histoire personnelle, la réalisatrice nous offre un film intimiste et très intéressant sur la quête de l'identité.
 
Marina vient passer des vacances en Galicie dans de la famille qu'elle ne connaît pas et afin d'obtenir un papier qui lui permettra d'obtenir une bourse pour ses études. En allant chercher ce document elle va s'apercevoir qu'elle n'a pas été reconnue par son père.
 
Il lui faut être acceptée par les différents membres, oncles, tantes, cousins, cousines, et surtout par ses grands-parents afin qu'ils acceptent de la reconnaître comme membre à part entière.
 
Marina a été adoptée, ses parents sont décédés, mais mis à part le journal intime de sa mère, qui sera presque un personnage à part entière dans ce long métrage, elle ne sait pas grand chose de ceux-ci et surtout de son père. 
 
Elle va mener une enquête en questionnant ses oncles, tantes, mais tous ne répondent pas de la même manière et qui sait vraiment ce qui s'est déroulé ? Elle se rend compte qu'il y a de lourds secrets de famille.
 
Des faits à cacher ? Une histoire compliquée ? En rencontrant différents personnages qui ont gravité autour de son père et du couple qu'il formait avec sa mère, elle va tâcher de reconstituer leur histoire et son passé.  
 
film Romeria réalisé par Carla Simón
 
Brillamment construit, ce long métrage, aborde la question des non-dits, des histoires de famille qu'il faut taire, mais également la drogue, le sexe libéré de l'époque où les parents de Marina se sont connus, le SIDA et autres thèmes très intéressants.
 
La famille est centrale, et Marina y cherche sa place sans vraiment la trouver. Elle n'est pas intéressée par l'argent, comme on pourra le constater, mais simplement par une reconnaissance de la part des grands-parents qui ne vient pas. 
 
Les liens entre les différents membres d'une famille se créent normalement dès la plus tendre enfance, ce qui ne fût pas le cas pour Marina. Elle est marquée par le fait de ne pas savoir, d'avoir été adoptée, de ne pas en connaître plus sur ses parents, et surtout sur son père, et ne sera libérée que lorsqu'elle connaîtra la vérité. 
 
Par contre, elle filme beaucoup et sa caméra est un peu son échappatoire et elle reconstitue un peu l'histoire de ses parents en filmant les endroits où ils sont allés.
 
Marina a une certaine douleur qui est enfouie, mais elle est tout de même très forte et ira jusqu'au bout de ce voyage et ce qu'elle est venue chercher.   
 
film Romeria réalisé par Carla Simón 
La réalisatrice mélange allègrement scènes tournées par Marina, présent, mais aussi souvenirs en incorporant dans ce long métrage une partie où l'on voit ses parents qui sont interprétés par les mêmes acteurs comme Marina pour sa mère et son cousin Nino pour son père. 
 
Elle aborde largement une génération libérée qui se droguait, vivait nue, ne travaillait pas forcément et qui tombait dans des excès qui pouvaient les mener vers la mort.  
 
Carla Simon nous fait bien ressentir la froideur de certains personnages à l'égard de Marina alors que d'autres l’accueillent à bras ouverts.  
 
La jeune et jolie actrice Llúcia Garcia est admirable et nous livre une jolie prestation aussi bien lorsqu'elle est Marina que lorsque l'on va la découvrir dans la peau de sa mère durant quelques scènes. 
 
Tour à tour encore un peu enfant, timide, elle va arriver peu sûre d'elle et repartir libérée et en ayant montré la force de caractère qui couvait en elle.  
 
La mémoire est importante pour les souvenirs et tout ce qu'ils peuvent créer.  La famille est notre ancrage, avec ses hauts et ses bas et Romeria n'échappe pas à la règle et nous captive pendant près de 2h. 

film Romeria réalisé par Carla Simón
 
Pour en savoir plus
 
A propos de la réalisatrice 
  
Née en 1986, Carla Simón est scénariste et réalisatrice, et grandit dans un petit village de Catalogne. Venant d’une grande famille, source infinie d’histoires, elle va décider de réaliser des films. Après son diplôme en communication audiovisuelle à Barcelone, elle obtient une bourse pour faire un master à la London Film School.

Été 93 (2017), son premier long métrage, est autobiographique. Il a remporté le prix du meilleur premier film et le Grand Prix Génération Kplus à la Berlinale, ainsi que trois Goya, dont celui de la meilleure nouvelle réalisatrice. Le film a représenté l’Espagne aux Oscars 2018, est nominé aux European Film Awards (European Discovery - Prix FIPRESCI) et permet à Carla Simón de recevoir le prix Kering «Emerging Women in Motion» à Cannes.

En 2022, aux Giornate degli Autori du 79e Festival International du Film de Venise, Carla Simón a présenté son dernier court métrage Lettre à ma mère pour mon fils, des Miu Miu Women’s Tales, une plateforme de commande de courts métrages pour les réalisatrices. Son second long métrage, Nos soleils (2022) est lauréat du prestigieux Ours d’Or de la Berlinale. Sélectionné dans plus de 90 festivals internationaux, il a été vendu dans plus de 35 pays. Il a représenté l’Espagne aux Oscars 2023, a obtenu trois nominations aux European Film Awards et remporté 6 prix Gaudí de l’Académie catalane du cinéma.
 
En 2023, Carla a reçu le prix national du cinéma espagnol.

Romería, le troisième long métrage de Carla Simón, a été présenté en première mondiale en Compétition Officielle du Festival de Cannes 2025.
 
Note d'intention de la réalisatrice 
 
" Je viens d’une grande famille remplie d’histoires, elle est devenue ma principale source d’inspiration. Les relations familiales me fascinent parce que nous ne les choisissons pas. Mon père est mort quand j’avais trois ans et ma mère quand j’en avais six, tous les deux du sida. La dernière fois que j’ai vu la famille de mon père, c’était à l’occasion de l’enterrement de ma mère, après quoi nous avons cessé toute relation. Beaucoup plus tard, au moment d’entrer à l’université, j’ai dû reprendre contact avec mes grands-parents pour récupérer les certificats de décès de mes parents. C’est à ce moment-là qu’un de mes oncles m’a m’invitée à venir leur rendre visite. Ma curiosité et mon désir de connaître mes origines l’ont emporté sur le ressentiment né de ces années de silence. 
 
À 18 ans, je suis donc partie à la rencontre de la famille de mon père pour découvrir l’histoire de mes parents. Mes parents étaient jeunes lors de la transition démocratique de l’Espagne des années 1980, une période de liberté et d’expérimentation pendant laquelle la jeunesse s’est détachée des valeurs héritées d’une société profondément catholique et conservatrice. Cependant, cette période de liberté tant attendue, connue sous le nom de « La Movida », a également entraîné une crise de l’héroïne, faisant de l’Espagne le plus haut taux de mortalité lié au sida en Europe. Mais ces histoires ont souvent été réduites au silence.
 
Romería est un film sur la mémoire, sur les moments familiaux que nous ne saisirons jamais complètement. J’ai tenté de reconstituer l’histoire de mes parents à travers les souvenirs de ma famille et ceux qui les ont connus, mais je n’ai pas réussi. Évidemment, la nature intrinsèquement fragmentaire de la mémoire entre en jeu, mais le principal obstacle est la stigmatisation qui entoure le sida et brouille ces souvenirs. Cette histoire vise à retrouver l’héritage d’une génération oubliée qui a subi les doubles conséquences de la dépendance à l’héroïne et de l’émergence d’un nouveau virus.
 
C’est une partie de la mémoire historique de l’Espagne qui mérite d’être revisitée. Frustrée par l’impossibilité de découvrir l’intégralité de l’histoire de mes parents, j’ai opté pour la création du souvenir qui me manquait. Peut-on fabriquer nos propres souvenirs lorsqu’ils n’existent pas ? Pour se façonner une identité, je crois que nous pouvons - et devons - établir une relation plus saine avec le passé. Pour ça, heureusement, j’ai le cinéma ". - Carla Simón *
 
film Romeria réalisé par Carla Simón

 MA NOTE : 3.7/5
 
Festivals

Festival de Cannes - Sélection Officielle - En Compétition

 

  © Elastica Films S.L., Romería Vigo, A.I.E., Ventall Cinema GmbH, Dos Soles Media, S.L - Ad Vitam

 * Texte issu du dossier de presse

 

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