Cinéma, Au nom de la terre avec Guillaume Canet - Critique

Il y a des films qui vous touchent plus que d'autres, celui-ci en fera partie. Réalisé par Edouard Bergeon, qui a déjà proposé un documentaire sur le thème agricole en 2013, "les fils de la terre", ce dernier revient avec Au nom de la terre, inspiré de faits réels, les siens.

Ce premier long métrage est une belle réussite et je suis certaine que nombre de gens vont verser leurs larmes, ou être émus, sans doute prendre conscience de certains faits en le visionnant, peut être même leur rappeler une histoire similaire.
 *© PhilippeVandendriessche

Synopsis :

Pierre a 25 ans quand il rentre du Wyoming pour retrouver Claire sa fiancée et reprendre la ferme familiale.
Vingt ans plus tard, l'exploitation s’est agrandie, la famille aussi. C’est le temps des jours heureux, du moins au début… Les dettes s’accumulent et Pierre s’épuise au travail. Malgré l’amour de sa femme et ses enfants, il sombre peu à peu…
Construit comme une saga familiale, et d’après la propre histoire du réalisateur, le film porte un regard humain sur l’évolution du monde agricole de ces 40 dernières années.
Dans le rôle titre, Guillaume Canet , qui s'est énormément investi pour ce film. Il est Pierre Jargeau. Que dire de plus de ce grand acteur. Il est habité par son personnage et exceptionnel. Il n'a pas eu de prix, au même titre que le jeune Anthony Barjon, au Festival au Festival d'Angoulême, mais il l'aurait mérité tout autant. Méconnaissable lorsque l'on aborde les années 90 (Guillaume vous êtes tout de même mieux avec des cheveux), sa prestation est remarquable.
A ses côtés, l'acteur qui monte, qui monte, Anthony Bajon. Déjà auréolé d'un Ours d'Argent du meilleur acteur à Berlin pour "la prière", ainsi que du Swan d'or pour le même film, Prix d'Excellence - Meilleur acteur pour "mon poussin" au New York Film Awards et dernièrement prix du meilleur acteur au festival d'Angoulême, on peut le retrouver en ce moment même dans "Tu mérites un amour".

Il joue Thomas Jargeau, ce fils qui va tellement aider et soutenir son père. Cet amateur de cyclisme qui se voit grand champion, d'ailleurs ces moments de courses apportent de l'insouciance à ce jeune homme qui grandit trop vite et qui doit aider à la ferme. Une présence et une prestance remarquable.
Rufus est le père de Pierre Jargeau. On connaît l'excellence de cet acteur. Il est presque détestable dans ce film et c'est là où réside tout le jeu de cet immense comédien qui fait mouche. Élevé à dure, rude, il a des sentiments mais ne sait pas les livrer et trop d'incompréhensions subsistent entre le père et le fils. Une composition magistrale.
La femme de Pierre Jargeau, c'est Veerle Baetens qui le tient. Vue dans des rôles marquants "Alabama Monroe", "Un début prometteur", ou encore "Les Ardennes". Elle est Claire Jargeau la femme aimante qui fera tout pour son mari et une fois de plus elle irradie le film.
Comment ne pas être émus en voyant ce long métrage, tellement authentique, qui respire la campagne, le travail quotidien des ces personnes pour qui la terre est un sacerdoce. Le début est assez joyeux avec des moments de labeur, mais aussi de bonheurs simples comme celui de recevoir les autres fermiers, de regarder des matchs de foot à la TV ou le Tour de France.... Puis avec la mondialisation le film va prendre un autre virage.

Il en faut des tripes pour exercer ce métier, mais il en faut aussi de la part du réalisateur pour nous livrer sa propre histoire et dénoncer au travers de ce film le mal être des paysans.

Au nom de la terre est un film choc, un film vérité sur un mal être qui va crescendo et il faudrait stopper cette hémorragie qui dure déjà depuis longtemps.
Cette histoire bouleversante, et pourtant malheureusement vraie, est un cri d'amour mais aussi un cri d'alerte par rapport aux agriculteurs.

On ne peut pas rester insensible au message que nous fait passer Edouard Bargeon. Ce dernier nous raconte l'histoire de son père et de lui-même, des années 1979, ou l'histoire débute, jusqu'aux années 1999.

Les paysages sont superbes, on respire presque la terre car le réalisateur l'aime, il la trouve noble comme il le dit lui même, et on le ressent. La mise en scène est sobre, mais avec des scènes dures et touchantes. On comprend également qu'avec la pression qui n'a de cesse, certains soient obligés d'en arriver à une agriculture, ou un élevage dont ils ne voulaient pas. Justement on stigmatise certaines manières de procéder, certes pas toujours avec des valeurs éthiques et que je n'approuve pas, mais il vaudrait mieux dénoncer le système qui pousse à des actions non voulues.
Dramatique ce film l'est, engagé aussi,  et cette saga familiale ne vous laissera pas de marbre.  Edouard Bergeon nous alerte  sur les problèmes rencontrés dans le monde agricole. A noter qu'un agriculteur se suicide en moyenne tous les 2 jours en France, et que chaque année, dix mille exploitations disparaissent en France,  alors si ce film peut faire avancer les choses, faire comprendre, ne serait-ce qu'un petit peu ce qu'il se passe et aider, allez le voir.
AU NOM DE LA TERRE
Réalisé par Edouard Bergeon
Avec : Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon, Rufus, Samir Guesmi, Yona Kervern
Distribué par Diaphana Distribution
Genre : Drame
Nationalité : Français
Durée : 1h43
En salle le 25 septembre 2019






Quelques notes du réalisateur qui connaît que trop bien le monde agricole et que je cite pour celles et ceux qui seraient intéressés :

"Vingt ans pour tout changer« Après des années passées à entraîner les agriculteurs à produire ce que nous mangeons aujourd’hui, le consommateur s’interroge désormais sur ce qu’il y a dans son assiette, la manière dont c’est produit et d’où ça vient. Il a suivi les scandales sanitaires de la viande de cheval qui transitait par plusieurs pays avant d’être transformée en plats préparés, et ceux les poulets à la dioxine, il a vécu la crise de la vache folle, et connaît les dangers liés aux pesticides (le glyphosate de Monsanto), aux perturbateurs endocriniens, à la disparition des insectes et à la pollution de l’eau... Il prend conscience que sa santé est en danger s’il ne revient pas aux fondamentaux : manger moins mais mieux, acheter local, des produits fermiers, bio, de saison. Ce changement est non seulement salvateur pour lui. Il l’est pour les paysans, pour la planète et donc pour l’humanité. Mais si l’on n’amorce pas cette transition écologique rapidement, la planète toute entière et l’espèce humaine sont menacées. On a vingt ans pour tout changer. »

Non à la chimie« Le défi du futur est de transformer les deux formes d’agricultures que nous connaissons - l’une petite, directe avec des maraichages destinés aux locaux et aux nantis, et l’autre, composée de très grosses structures et qui vont encore grossir - en abandonnant la chimie. Il est anormal que la France soit la championne d’Europe de l’épandage de pesticide ! Mais pour cela, il faut du temps, de la volonté, et de la politique. La conversion des terres en bio provoque immanquablement une baisse de revenus pendant quelques années : le faire nécessite de la solidarité et des aides ; or les aides sont bloquées sous prétexte qu’il y aurait trop de conversions... Au final, la clé est dans les mains du consommateur. C’est à lui de décider s’il veut maîtriser ce qu’il a dans son assiette, en faisant vivre les paysans français ou en important des denrées peu chères et potentiellement dangereuses pour la santé. »

Il faut croire en l’avenir« Il faut croire en une agriculture plus vertueuse en plaçant cette fois l’homme et l’écologie au centre des problématiques. Il faut aller vers la permaculture, l’agroforesterie, le bio. Et il faut changer nos pratiques. Au sortir de la guerre, les ménages consacraient 50% de leur budget à la nourriture. Ils n’en consacrent plus que 11%. Le consommateur est-il près à mettre un peu plus d’argent pour manger mieux ? Et vivre mieux ? Ce serait une bonne chose : bien se nourrir représente aussi des économies de santé publique. »

Si j’étais ministre...« Il faut aussi éduquer nos enfants. Si j’étais Ministre de l’Education, j’installerais des potagers dans toutes les écoles parce qu’autour de cela, on apprend tout – les fruits et légumes de saison, la biologie, la phytotechnie, la géologie, la météo, la cuisine... Les travaux pratiques, c’est le B.A.-BA. Les enfants de toutes origines culturelles mettraient les mains dans la terre ensemble, pour faire pousser leur nourriture. Il n’y a rien de plus fédérateur et valorisant que la terre. Mais la première réforme que je conduirais serait de rapatrier l’enseignement de l’agriculture dans mon ministère. Cet enseignement dépend aujourd’hui du Ministère de l’Agriculture, donc des lobbys et de la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitations Agricoles). C’est comme si les médecins étaient formés par le Ministère de la Santé et les laboratoires ! »  

 

Crédits photos et vidéo : *© PhilippeVandendriessche - Autres NORD-OUEST FILMS - Diaphana Distribution

 #aunomdelaterre

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